Fabrication Artisanale de Bokken, Jo, Tanto…
1ère partie : Les derniers ateliers Japonais
1 – Étapes de fabrication dans l’atelier Aramaki Budogu Mokojo
2 – Entretien avec l’artisan Nidome Yoshiaki – Nidome Bokuto Seisakujo
3 – Visite-éclair à l’atelier Horinouchi Noboru Seisakujo
Profitant du calme de l’été, nous avons parcouru la moitié du Japon pour aller à la rencontre des entreprises artisanales reconnues officiellement pour la fabrication d’armes en bois : « Aramaki Budogu Mokojo », « Nidome Bokuto Seisakujo », « Horinouchi Noboru Seisakujo » et Matsuzashi Bokuto Seisakujo. Les quatre dernières entreprises de fabrication d’armes en bois sont toutes situées à « Miyakonojo », petite ville de la péninsule du Kyushu (sud du Japon) cloitrée entre deux petites chaines montagneuses.
Trois de ces quatre entreprises sont rassemblées en une association d’artisans : « Miyakonojo Bokuto Seizogyo Kyodo Kumiai ». Les artisans dirigeants chacun de ces ateliers sont membres de la « Dento Kogeihin Sangyo Shinko Kyokai » (Association dépendant du ministère de l’économie destinée à la protection des traditions artisanales japonaise). Cette association couvrant 38 domaines de compétences regroupe 131 membres dont 48 seulement sont encore en activité. Trêve de bavardage, passons aux choses sérieuses !
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Étapes de fabrication dans l’atelier « Aramaki Budogu Mokojo »
Une heure d’avion jusqu’à la ville de Miyazaki, puis 1H de train à travers les verdoyantes forêt montagneuse du sud de Kyushu et nous arrivons enfin à Miyakonojo, ce haut lieu de l’artisanat du bois dont nous avons tant entendu parler. Sachant que dans les milieux traditionnels il n’est pas toujours facile de communiquer, nous avions pris rendez vous. C’était d’ailleurs notre seul rendez vous de la journée, mais nous avions fait une longue route, et tous les ateliers que nous avons visités nous ont accueilli (Et contrairement aux quelques rumeurs qui courraient sur l’accueil réservé aux visiteurs, nous avons été très bien reçu.)
Voici donc la première étape, 9h55, 5 minutes d’avance… c’est l’heure de la pause, mais à peine arrivés, la secrétaire nous reçoit avec le sourire et la visite commence. Guidés par le petit flyer dont sont issues les photos des étapes de fabrication ci-dessous, nous sommes partis pour une heure d’explication que nous allons résumer en image !
Le fondateur, Maitre Aramaki, a commencé le travail du bois dans la fabrication de bokken il y a près de 90 ans, en 1921, quelques années plus tard il créa cet atelier, « Aramaki Budogu Mokojo » (Atelier de fabrication d’équipement d’arts martiaux en bois) qui est aujourd’hui le plus grand des quatre ateliers encore en activité. Une quinzaine d’artisans environ se partagent les étapes de fabrication pour une production d’env. 250 pièces par jour. Ces ateliers ne proposent pas la vente aux particuliers mais traitent cependant directement avec les grandes agences gouvernementales tel que l’armée, l’agence pour la défense ou encore la police, tous trois étant de très gros clients de par les volumes commandés. Parmi ces quatre derniers ateliers, « Aramaki Budogu Mokojo » est sans aucun doute celui proposant le plus de modèles différents, près d’une centaine, rien que pour les Bokken. Jigen ryu, Itto ryu, Jiki Shinkage Ryu… C’est presque comme si chaque Koryu (écoles anciennes de sabre) avait son modèle. Et lorsqu’un Koryu se scinde en plusieurs branches, alors chaque branche modifie légèrement les caractéristiques de son Bokken pour le rendre « unique ». Résultat, un nombre très impressionnant de modèles existe maintenant. Et ceci sans parler des Jo, Shoto, Tanto, Mokuju (baillonette en bois), Yari (lance), Naginata, Yumi (arc), Nunchaku, Tonfa etc..
- Les étapes de fabrication d’un Bokken
Il faut tout d’abord se procurer du bois. A l’exception de certains bois exotiques comme l’ébène d’Afrique, le bois est récolté localement (voir partie 2 de l’article) par un spécialiste. Le bois est ensuite acheté en tronc, et l’on ne peut pas savoir si il est altéré ou non, puis il est coupé en tranches par un le « seizaisho » trié, et entreposé pour le séchage.<
1. Le bois, découpé en planche, sèche au soleil pendant environ 1 an. Le séchage se fait naturellement bien qu’il existe des machines pour accélérer le temps de séchage (2 semaines), mais les bois séchés artificiellement seront plus fragiles. Certains ateliers utilisent cependant des machines en fin de processus de séchage naturel (le Kyushu est une région très humide et le bois ne sèchent pas toujours autant qu’il le faudrait).
2. On dessine ensuite des rectangles de bois servant de base à la découpe du Bokken en se servant d’un Bokken comme patron.
3. On découpe ces rectangles à la machine de façon plus ou moins grossière.
4. L’épaisseur est ensuite ajustée pour que tous les rectangles aient les mêmes dimensions.
5. La forme du Bokken est ensuite taillée, on utilise une machine pour façonner le « Ha » (lame).
6. Puis c’est au tour de la Tsuka (poignée) sur une autre machine. A ce stade on distingue déjà la forme des futures Bokken.
Les bokken « pré-coupés » sont ensuite stockés comme ci-dessus (photo de gauche) pour qu’ils continuent leur processus de séchage dans des conditions optimales pendant environ 1 mois jusqu’au début du travail finale de taille (photo de droite). La conservation en « tour » permet d’éviter un séchage non uniforme qui aurait pour effet de courber les Bokken (la température étant moins élevée au sol qu’en hauteur). Notons qu’il est particulièrement important de stocker ses armes en bois à plat (à vérifier lorsque vous passez dans une boutique acheter vos armes…).

7. C’est à cette étape que le travail de l’artisan commence réellement. Plus d’une vingtaine de rabots aux angles et courbures différents sont utilisés. Le Bokken étant fixé aux deux extrémités pour permettre de raboter dans toutes les directions.
8. Enfin, la finition se fait au papier de verre.
9. Laquage des Bokken lorsque cela est nécessaire (étape facultative).
Pour les Bokken disposant d’une Tsuba (garde) en bois et/ou d’un hi (gorge) d’autres étapes sont bien sûr nécessaires.

La marque Aramaki que vous retrouverez poinçonnée sur les armes issues de cet atelier
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Nidome Bokuto Seisakujo – Entretien avec Nidome Yoshiaki
Cette visite s’est déroulée sous forme d’une longue discutions. Nous venions négocier un accord, et nous avons pu réaliser une petite interview. Il n’a d’ailleurs même pas été question « d’accord », la réponse était implicitement oui dès le départ. N’étant pas préparés, nous n’avons pas enregistré les paroles de M. Nidome. Nous avons donc regroupé ses paroles sur des questions thèmes.
M. Nidome, deuxième génération nous a reçu pendant près d’une heure dans son petit bureau de « Miyakonojo ». Un homme simple, passionné par son travail, d’une extrême gentillesse . Il ne travaille qu’avec son frère et son fils et est donc très occupé. Nous en profitons pour le remercier et nous espérons que BudoExport sera une vitrine sur Europe à la hauteur de la qualité de son travail.
- Pourquoi tous les fabricants de Bokken se trouvent à Miyakonojo ?
Il y a une cinquantaine d’années, il y avait plus de 25 ateliers dans tout le Japon, mais entre la diminution des ressources naturelles et la baisse du nombre de pratiquants d’arts martiaux, la grande majorité de ces entreprises a disparue. Il existait des ateliers dans le Kanto (région de Tokyo), important du bois de Kyushu, mais les coûts de transports sont devenus trop élevés et elles n’ont pas pu tenir. A cela il faut ajouter la disparition du savoir-faire. Les jeunes d’aujourd’hui trouvent ce travail trop difficile, trop mal payé, et peu sont assez passionnés par le travail du bois pour se lancer.
Comme la quasi-totalité des bois utilisés pour la fabrication des armes sont originaires de Kyushu, et comme Miyakonojo est depuis bien longtemps un haut-lieu de l’artisanat du bois, les quatre derniers ateliers sont tous localisés ici.
Notre famille possédait des rizières et des champs de légumes, avec ces revenus supplémentaires nous avons pu tenir, même avec notre petite production. (ndlr : en comparaison des autres ateliers, Nidome est le plus petit. Mais, selon l’avis de l’équipe, fabrique les meilleurs armes).
- Et comment cela se passe t-il avec vos concurrents ?
Par le passé, comme je vous l’ai dit, il y avait beaucoup de concurrence, mais maintenant que nous ne sommes plus que quatre, nous nous partageons le travail. En plus, ici (chez Nidome), notre spécialité, ce sont les armes sur mesure, nous pouvons réaliser à peu près n’importe quoi, mais les délais sont évidement plus long (ndlr : env. 2 mois). Les autres ateliers sont plus important en taille et ils sont souvent ennuyés par les commandes sur mesure car cela leur fait perdre du temps, alors souvent, ils nous envoient leurs clients (rire).
- Et les armes de fabrication chinoise alors ?
Cela n’est pas encore un problème. On en trouve beaucoup dans les boutiques de souvenirs (ndlr. A peu près dans tous les lieux touristiques au Japon) mais ce sont des jouets sans valeur et aucun budoka n’irait acheter un bokuto chinois ou taïwanais (ndlr : gare à ceux qui se fournissent chez les discounter du sport en Europe !)

La marque Nidome que vous retrouverez poinçonée sur les armes issues de cet atelier.
Il s’agit du premier kanji du nom « Nidome »
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3
Notre passage dans cet atelier fut très bref, une quinzaine de minutes environs. Très occupés, il ne leur a pas été possible de nous accorder du temps. Cependant, cette bref rencontre a suffit pour arriver à un accord sur la vente des armes Horinouchi. Cet atelier, très professionnel et rapide fournit BudoExport pour tous ce qui est Bokken, Jo & Tanto « standard » en chêne rouge, chêne blanc et Isu no ki.
C’est en 1923 que Horinouchi Noboru commence à fabriquer des Bokken. Rapidement reconnu comme un artisan de grande qualité, il compte parmis ses clients l’armée japonaise ainsi que le détachement spécial pour les chemins de fer en Mandchourie (lors de l’invasion par les japonais avant la seconde guerre mondiale). Ce n’est qu’en 1967 que l’entreprise « Horinouchi Noboru Seisakujo » est créée, principalement pour permettre des investissements. En 1984, peu de temps après la création de l’association de protection des artisans, Horiuchi Noboru reçoit le titre de « Dento Kogeishi ». Aujourd’hui, l’entreprise est dirigée par Horinouchi fils, compte 13 employés et produit env. 250 pièces par jours.

La marque Horinouchi que vous retrouverez poinçonée sur les armes issues de cet atelier.
Il s’agit du premier kanji du prénom « Noboru».
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Nous sommes également aller visiter le quatrième et dernier atelier : « Matsuzaki Bokuto Seisakujo« . Cet atelier ne travaille que sur de grandes quantités et BudoExport, de par la nature même de son fonctionnement, ne peut stocker plusieurs centaines de pièces. Cependant M. Matsuzaki nous à fait un bel exposé sur les différents types de chêne que vous retrouverez dans la seconde partie de cet article et nous a offert un Bokken pour nous remercier d’avoir fait le déplacement !
Les informations concernant les différentes essences de bois utilisées, les formes des Bokken ou l’origine des bois ont été tronquées pour apparaitre dans la seconde partie.
Même si il est fort improbable que l’un de ces artisans, ne parlant pas l’anglais et encore moins le français, visite notre site et lise cet article, nous souhaitons tout de même leur adresser tout nos remerciements et notre gratitude pour le temps qu’ils nous ont accordé. L’accueil fut parfois chaleureux, parfois plutôt froid, mais toujours très cordial. Tout ces artisans nous ont montré à quel point ils sont heureux et fiers de la qualité de leur travail.
Nous avons compris au travers de ces rencontres que ces 40 dernieres années n’avaient pas été facile, le nombre de pratiquants d’arts martiaux au Japon ayant beaucoup diminué, les ventes ont malheureusement suivi. Mais ces dernières années, avec le developpement des arts martiaux à l’étranger et l’amélioration significative des relations entre japonais et occidentaux, une bonne partie des ventes se reporte sur les Etats-Unis et l’Europe (et en particulier la France).
Nous esperons que vous saurez apprécier le travail de ces artisans, et que malgré les coups de transport important se répercutant indubitablement sur le prix des bokken, vous opterez tout de même pour ces armes de qualité. Le niveau d’excellence de ces « Dento Kogeishi » sera sans nul doute à la hauteur de l’investissement de chacun d’entre vous dans leur pratique martiale respective.
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Notes :
Bokuto : Bokuto et Bokken veulent dire la même chose. Bokuto s’écrit avec les kanji de « bois » et « Katana » alors que Bokken s’écrit avec les kanji de « Bois » et « épée ». Au Japon, on utilise plutôt le terme « Bokuto », mais nous utiliserons principalement « Bokken » pour ne pas perturber nos lecteurs occidentaux.
Seisakujo > Atelier de fabrication
Budogu > Matériel d’arts martiaux
BudoExport vous propose le catalogue de Bokken classique, Bokken Iaïdo et Bokken Koryu le plus étendu du web, ainsi que deux modules de conception de Bokken sur mesure.
Les images numérotées de 1 à 9 sont issu d’une documentation fournis par l’association « Miyakonojo Bokuto Seizogyo Kyodo Kumiai » et restent la propriété de cette association.
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