Fabrication Artisanale de Bokken, Jo, Tanto…
3e partie : Les différentes formes de Bokken, Shoto, Jo…
Si la fabrication d’un Bokken est relativement rapide, elle nécessite cependant une connaissance parfaite de l’objet, et une bonne maitrise des outils. De la Tsuka au Kissaki, en passant par l’épaisseur, la position du shinogi, la forme du mine ou encore l’importance de la courbure, le Bokken est si complexe dans sa fabrication que les maitres artisans du Kyushu qui se connaissent tous entre eux sont capable de dire qui à fabriquer un Bokken seulement en analysant ses caractéristiques. Nous vous présenterons dans cet article les éléments les plus important, à savoir, les différents types de Sori (courbure), Kissaki (pointe), Tsukagashira (pommeau) et mine (arête supérieur).
§ Sori (courbure)
La sori ou courbure est probablement l’élément le plus important du Bokken après sa taille et son poids, son équilibre et le comportement du Bokken lors des mouvements sera fortement influencé par la position de la sori. On utilisera la prononciation « zori » lorsque le mot est placé en seconde position dans une expression. La sori est en général située plutôt au centre mais avec quelques variations en fonction des artisans. Le standard est donc un « kyo zori », ou « courbure centrale ». Les Bokken de Koryu (stylisé) eux, peuvent présenter tous ces types de sori, Suguhazori, Kyozori, Koshizori ou Sakizori.
§ Kissaki (pointe)
Le Kissaki ou pointe aura, contrairement à la courbure, assez peu d’importance dans le comportement du Bokken. Son rôle est principalement esthétique. Ainsi, les Bokken classiques existent en finition « Shokissaki » (petite pointe) ou Daïkissaki (grande pointe), et même éventuellement en « Tokudaïkissaki » (très grande pointe). Le comportement du Bokken sera cependant légèrement modifié dans le cas d’un kissaki plat ou bisoté, augmentant le poids à la pointe du Bokken et déplaçant donc l’équilibre vers la pointe. Le Bokken Aïkido Iwama Ryu est un excellent exemple de Bokken lourd conçu pour développer de la puissance, avec un équilibre repoussé significativement vers la pointe grâce à son kissaki plat ou dirait t-on à « l’absence de kissaki ». Il existe également la finition « Kendogata« , présente essentiellement sur les anciens Bokken de Kendo, et les finitions « Kantogata » (style du Kanto, région de Tokyo) et « Unokubi« , beaucoup plus rare mais que l’on retrouvent cependant sur certains Bokken Koryu (stylisés).
§ Mine (forme de la lame)
Il existe principalement quatre types de mine (forme générale de la lame). Les formes Hiramine et Kenmine auront peut d’influence sur le comportement du Bokken, en revanche, les formes Marumine et Gyo no mine modifient significativement la répartition du poids du Bokken et donnent généralement des Bokken plus légers. Il existe également une forme intermédiaire entre le hiramine et le marumine où seul les arrêtes latérales gauche et droite sont arrondies mais le dessus reste plat comme sur la forme hiramine. C’est notamment le cas de la première forme du Bokken Iwama Ryu (Takemusu), aujourd’hui remplacé par une forme hiramine classique. Les Bokken classiques présentent quant à eux une finition Hiramine ou Kenmine.
§ Tsukagashira – kashira (pommeaux)
Le Tsukagashira correspond à la forme du pommeaux. Il n’existe que deux formes, plat ou bombé (hanmaru). Principalement d’une fonction esthétique (la majorité des Bokken Koryu sont en tsukagashira plat), il est intéréssent d’utiliser un Bokken en finition hanmaru lorsqu’on place le petit doigt au niveau du pommeaux, pour des raisons de confort.
§ Tsubanashi (sans tsuba)
Il s’agit du terme utilisé lorsque le Bokken ne possède pas de ligne de démarcation entre la tsuka (poignée) et le ha (lame). La quasi totalité des Bokken Koryu ayant une épaisseur fine ou épaisse sont de ce type car il n’existe aucune tsuba pour ces modèles. C’est une finition qui convient particulièrement à certains groupes d’aïkido dont les techniques aux Bokken nécessitent une prise en main sur une portion plus large de la tsuka, les modèles tsubanashi sont alors plus confortables à manier.
§ Hi, Bohi ou « Gorge »
Tous les Bokken dit « standards » peuvent être muni d’une gorge. S’étalant sur la quasi totalité de la lame, la gorge à, dans le cas d’un Bokken, une double fonction. Elle permet la création d’un son caractéristique qui sera familier aux pratiquants d’iaïdo et elle permet d’alléger significativement le poids du Bokken. C’est une finition particulièrement utilisée par les pratiquants d’iaïdo en raison de la présence d’une gorge sur les Iaïto (et généralement sur les Shinken).
§ Les autres caractéristiques des Bokken
En plus de tous ces points techniques, les Bokken peuvent arborer des longueurs variables, tant au niveau de la lame que de la poignée, ainsi que différentes épaisseurs. Il n’est pas possible de détailler tous les modèles ici (les dimensions sont fournis sur chaque fiche produit du site BudoExport.com), mais passons en revu les caractéristiques des Bokken dit « standards ».
- Longueur totale : 101.5cm
- Longueur de lame : 26cm
- Longueur de Tsuka : 75.5cm
- Diamètre à la tsuka : 37 x 26 mm
- Poids : de 300g à 750g en fonction du bois utilisé (500 à 600g pour un Bokken standard en chêne blanc ou rouge).
§ Bokken Classiques et Koryu (stylisés)
La différence entre Bokken Classique et Bokken Stylisé (ou Koryu) est relativement simple. Les Bokken classiques sont utilisés en Aïkido, en Kendo, et dans quelques écoles de sabre. Les Bokken Koryu, sont utilisés, comme leur nom l’indique, dans des Koryu, ou ancienne écoles de Kenjutsu. Il existe plus de 50 modèles de Bokken Koryu, impossible donc de rentrer dans le détail. Notons simplement que les pratiquants d’une école spécifique seront invités à utiliser le Bokken correspondant à leur école. Lorsqu’une école se scinde en deux, il arrive fréquemment que la nouvelles branche de l’école fasse légèrement modifier son modèle de Bokken de référence, d’où l’énorme diversité de Bokken existante de nos jours. Les enseignants d’aïkido ont cependant des préférences très diverses et un Bokken Yagyu ou Jikishinkage Ryu Naginata Yo sera parfaitement adapté à une pratique légère en finesse et précision alors qu’un Bokken Iwama Ryu sera indispensable aux pratiquants de cette école.
>> Notons qu’il existe des Bokken de 91 cm, bien évidemment plus légers, utilisés dans certaines Koryu, mais plus généralement utilisés par les enfants.
§ Suburito – Bokken Suburi
De Suburi et To (katana). Il existe principalement trois formes de Suburito, la forme « Kaigata » (en forme de rame), la forme « Hakkaku » (octogonale) et la forme sango (classique) se rapprochant du Bokken avec une lame plus épaisse et plus ou moins longue. Les suburito ont pour caractéristique une lame beaucoup plus épaisse que la poignée, et un poids supérieur à 700g mais qui peut dépasser les 3kg. Les suburito sont utilisés pour réaliser un ensemble d’exercices de coupes dans le vide et dans diverses directions. Ces exercices, conçu pour développer la puissance, la souplesse et dans une moindre mesure la précision se pratiquent généralement avec un suburito. Certains modèles disposent d’un grip pour faciliter la prise en main et il existe aussi des modèles courts utilisables à une seule main. A noter que l’on parle de « Furibo » lorsque l’objectif du suburito est la musculation, ces suburito sont généralement fortement équilibrés vers la pointe, et extrêmement lourd, jusqu’à 50Kg pour les plus lourds.
§ Shoto – Bokken court
Le Shoto ou Bokken court, (s’écrit avec les kanji « petit » et « sabre ») appelé aussi « Wakizashi » (tranche aisselle) ou encore « Kodachi » (petit tachi), il se tiens à une main et est utilisé soit seul (dans de nombreuse Koryu), soit dans une pratique à deux sabres. Il existe bien sûr beaucoup moins de modèles différents de shoto que de Bokken. Le shoto classique fait 54.5cm de long pour un poids de 250 à 350g environ. Bien qu’il n’existe que peu de modèles différents (y compris parmi les modèles koryu), toutes les formes et caractéristiques des Bokken peuvent potentiellement se retrouver dans les shoto.
§ Tanto (poignard, ou couteau)
Le tanto est généralement utilisé pour la pratique de techniques de défense contre un assaut au couteau, cependant certaines écoles enseignent des techniques tanto contre sabre ou contre diverses autres armes. Un tanto classique fait 29cm de long pour un poids tournant autour de 150g. Il existe pour le tanto encore moins de variation que pour le shoto, mais là encore, toutes les caractéristiques techniques du Bokken peuvent s’appliquer au tanto, si ce n’est qu’un tanto est généralement en finition tsubanashi. Il existe notamment des tanto long de 35~40cm, plus proche de la longueur des véritables poignards que portaient les samouraï.
§ Le Jo (Bâton de bois)
Le Jo n »est pas à proprement parler de la famille des « Bokken », mais nous allons tout de même présenter rapidement les différentes formes. Un jo classique mesure 4.21 shaku de long pour 8bu de diamètre, soit 127.6cm de long pour 24mm de diamètre et un poids d’env. 500 à 600 grammes. En fonction du travail recherché, il existe des jo de 25mm, 9bu (27mm), et 1sun (30mm) de diamètre. Inutile de préciser qu’un Jo de 30mm de diamètre sera significativement plus lourd. Il existe aussi des jo longs de 3 shaku, soit 91cm de long, nommé « Hanbo » (demi-baton), utilisés pour le « Hanbo Jutsu », qui sont aussi conseillés aux enfants dans la pratique du Jodo ou de l’Aïkido. On trouvera aussi dans cette même logique, le bâton long « Bo », long de 5 ou 6 shaku (151.5 ou 182 cm), 6 shaku étant le double du « demi-baton » de 3 shaku, et le baton court « Tanbo » de 1.5 à 2 shaku (46 a 61cm), principalement utilisé par la police japonaise.
§ Et les accessoires :
Sur les Bokken standards, il est possible de fixer une tsuba en plastique ou en cuir rigide. Sur les shoto, les tsuba standards conviennent, mais il y a souvent quelques millimètres de décalage (et aucun fabricant ne propose de tsuba spécialement adaptée pour shoto). Il n’existe en général pas de tsuba pour les Bokken stylisés koryu. A noter qu’il existe également des Bokken dont la tsuba est en bois et directement fixé sur le Bokken. Le travail de la tsuba et du tsubadome (pièce servant à bloquer la tsuba) est relativement long et ces modèles sont donc significativement plus cher. Enfin, pour la pratique du Iaï, il existe des saya (foureaux) en plastique et même en bois qui vont parfaitement avec un Bokken classique creusé d’une gorge.
Vous trouverez sur BudoExport.com le plus large catalogue de Bokken « made in japan » actuellement disponible sur le web.
- Bokken Classiques
- Bokken enfant (ou Chuto)
- Bokken Iaï (gorge, tsuba et saya)
- Bokken Koryu
- Bokken sur mesure
- Shoto
- Suburito (et Furibo)
- Jo (et Jo sur mesure)
- Hanbo (ou Jo pour enfant)
Ainsi que de nombreuses autres armes en bois de fabrication japonaises (Nunchaku, Tonfa, etc…)
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Super article !
Il ne reste plus qu’un trouver le modèle correspondant à mon école