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Forge d’Iaïto – Visite chez Minosaka (1/3)

Publié le 30 août 2010 par Jordy Delage dans Equipements, Fabricants (marques), Fabrication (artisanat)

Visite chez Minosaka – Forge d’Iaïto (1/3)

1ère partie : Historique de l’Iaïto & Interview à l’atelier Minosaka



Logo/Bannière de la forge Minosaka

L’Iaïto, parfois appelé aussi « mogito » (imitation de sabre) est une réplique fidèle du katana, le sabre japonais traditionnel. Sa fabrication, bien que plus simple que celle d’un katana requiert un savoir-faire particulier que seuls les artisans japonais maitrisent. L’Iaïto est en alliage d’aluminium et de zinc renforcé par une faible quantité de cuivre. Contrairement à une croyance répandue en Europe, les Iaïto en acier sont très rares et sont très peu recommandés par les enseignants japonais. Un Iaïto en acier s’appellera « Shinken » (vrai sabre) car il s’agit d’un vrai sabre forgé dont on a cassé le fil (tranchant) de la lame. Un Iaïto est généralement équilibré au niveau de la Tsuba (garde) pour faciliter son maniement.


Iaito Japonais Minosaka



§ Petit historique et détails techniques de l’Iaïto

L’iaïto ou plutôt le « mogito » fait son apparition dans les années 60 pour des raisons pratiques. En effet, avec la loi d’après guerre (1958) interdisant le port et le transport d’arme en acier (et arme à feu), il devenait compliqué de pratiquer avec un shinken. Il faut noter que les véritables shinken (reconnus par le gouvernement) ont un statut légal spécial permettant leur transport et leur utilisation à l’entrainement (ils doivent être enregistrés et il faut une autorisation de port). Par conséquent, il est impossible de trouver des iaïto en acier fabriqués au Japon, il n’existe aucune forge pour les fabriquer. Il faut noter que malgré ce statut légal de l’iaïto il doit être transporté dans des conditions qui ne permettent pas de le dégainer facilement (ceci est aussi valable en France) et uniquement avec une bonne raison (trajet vers le dojo par exemple). L’idée de fabriquer des armes en alliage, non tranchantes et surtout « non-affutables » fit son chemin, et les premiers ateliers de fabrication s’établirent dans les années 60. Au Japon, un grand nombre de forge de shinken sont installées dans les montagnes de « Gifu » et de « Seki », c’est donc tout naturellement qu’un certain nombre de fabricants d’iaïto se sont installés dans cette région. En effet, traditionnellement les tsuba, menuki, tsuka, saya et autres accessoires ne sont pas fabriqués par les forgerons mais par des ateliers spécialisés dans chaque partie du sabre. L’iaïto ne fait pas exception, en dehors des lames en alliage, chaque partie de l’arme est fabriquée par des spécialistes et  l’iaïto est assemblé dans l’atelier ayant fabriqué la lame. Ce sont donc exactement les mêmes que ceux qui vous pourriez trouver sur un shinken. Les iaïto modernes sont, pour la quasi-totalité d’entre eux, des répliques des grands sabres de l’histoire. Ainsi, le modèle Musashi Koshirae par exemple est une réplique du sabre de Miyamoto Musashi. Alors que le modèle standard Jidai Koshirae correspond à une réplique plus généraliste de sabres que l’on pouvait trouver à l’époque « Muromachi ». Le terme « Koshirae » signifie au sens large « finition », Higo Koshirae signifie donc « finition de type Higo » (Higo = clan de samouraï)

Schema Iaïto détaillé

Schema détaillé de l'Iaïto : Tsuka, Lame, Saya

Les modèles les plus répandus au Japon mesurent 2.45 shaku de long, c’est la longueur qui correspond à la taille moyenne des japonais. Les gammes d’iaïto s’étendent cependant de 2 shaku pour les enfants à 3 shaku pour la pratique avec sabre long. Au-delà de 2.5 shaku, toutes les lames possèdent une gorge pour des raisons qui tiennent à la nature de l’alliage utilisé. Les poids sont très variables, mais la plupart des iaïto se situent entre 600g et 1.5 Kg. (un katana en acier pèse entre 900g et 1200g). Les iaïto lourds sont plutôt utilisés par les pratiquants avancés pour leur entrainement, mais ils possèdent généralement un iaïto léger pour améliorer les performances en compétition et démonstration. Les menuki, fuchi/kashira et habaki sont en cuivre, les tsuba en fer forgé, les tsuka en bois de magnolia et peau de raie ou de requin. Les saya sont quant à elles en bois de magnolia recouvert de différents types de laques (traditionnellement 22 couches) qui ont pour utilité principale de rendre la saya étanche et de la fortifier. Enfin, les tsukahimo et sageo sont en rayonne (synthétique), coton, soie, ou plus rarement en cuir.


§ Minosaka, une forge d’exception

Minosaka - Forge d'Iaïto Japonais

L'atelier Minosaka - Préfecture de Gifu

Après notre premier rendez vous en juin dernier avec M. Wakihara, responsable de l’atelier, nous étions impatients de pouvoir leur rendre visite. Et c’est parti! Voyage en train express jusqu’à Nagoya, puis train inter-régional jusqu’à Gifu, et re-petit tour en train local jusqu’à la station de campagne « Rokke » pour enfin,  après 2 km de marche sous le cagnard moite de l’été japonais, arriver à l’atelier. Comme nous nous y attendions, nous avons été extrêmement bien reçus. Après s’être rafraichis avec un thé glacé, nous commençons l’interview avec M. Wakihara qui, semble t-il, est très enjoué par notre compagnie (il faut dire qu’ils ne doivent pas avoir beaucoup de visite dans le coin!).


Quand  l’atelier Minosaka à t-il été créé et depuis quand travaillez vous ici ?

Minosaka a été fondé en 1970, et j’en suis le gérant depuis 1985. L’ancien gérant, qui a créé l’entreprise, s’est arrêté en 1985 pour se consacrer à son autre passion, la cuisine. Il est actuellement chef cuistot dans un resto, maintenant, il joue avec des couteaux… qui coupent (rire)! Bref, je dirige l’atelier depuis maintenant 25 ans.

Combien de personne travaille ici ?

300 ! Non je plaisante, l’équipe que vous voyez ici est au complet, soit actuellement 5 personnes, moi, notre secrétaire, deux vétérans et un apprenti.

Comment recrutez-vous vos employés ? Je suppose qu’il n’existe pas de formation ?

Non, effectivement, pas de formation ! Mais nous recrutons des jeunes ayant une expérience du travail des métaux et une passion pour les sabres, puis nous les formons nous même. Le travail que nous faisons n’est pas si compliqué.

Et combien produisez vous de pièces par an ?

Euh, par an, je n’ai pas le chiffre en tête, mais dans les bons jours, nous sortons environ 20 pièces dans la journée.


Iaïto Minosaka Jidaï Koshirae - Tsuba, Saya, Tsuka

Iaïto Minosaka Jidaï Koshirae - Tsuba Musashi, Saya Kuroishime



Combien de magasins revendent les produits Minosaka au Japon ?

Franchement, je ne sais pas ! Nous avons quelques dizaines de clients directs, mais beaucoup de revendeurs achètent nos produits à l’un de nos revendeurs avant de les revendre. Il m’arrive, au hasard d’une page internet ou d’une visite dans un magasin de retrouver nos produits alors que ces entreprises ne sont pas nos clients directs. Enfin, cela ne pose pas de problème, mais je ne peux pas vous dire combien de boutiques revendent nos produits, je n’en ai aucune idée ! (rire) Le fait est que lorsque vous voyez une gamme d’iaïto du type « Jidai Koshirae« , « Higo Koshirae » « Dotanuki » (etc…), ils viennent très probablement de chez nous !
(ndlr : Minosaka propose aussi la vente aux particuliers, en japonais uniquement, BudoExport propose des tarifs moins élevés pour compenser les frais de port)

Où et comment sont fabriqués les alliages que vous utilisez ?

Tous les métaux ainsi que la fonderie qui produit notre matière première sont japonais. Les alliages contiennent 70 à 80% de zinc et de 20 à 30% d’aluminium ainsi qu’une faible quantité de cuivre servant à renforcer l’alliage. Les proportions varient cependant en fonction des fabricants. L’alliage est le même pour tous nos modèles, ce sont les dimensions de la lame et les accessoires qui modifient le poids. Contrairement à d’autres fabricants, nos alliages ne sont pas réalisés à partir d’un procédé de « Die casting » (procédé permettant la fabrication de masse pour une moindre qualité). Il arrive que même des maitres ne puissent faire la différence entre l’un de nos iaïto haut de gamme et un véritable shinken (au niveau de l’apparence).

Et pour ce qui est des autres parties, Tsuba, Menuki… ?

Tout provient du Japon, sans aucune exception ! Nous n’utilisons que des accessoires haut de gamme. Les tsuba, menuki, fuchikashira, saya, tsuka et sageo proviennent de la préfecture de Seki, juste à coté d’ici. Comme nous sommes dans la région qui historiquement accueille le plus de forgerons de sabre, la plupart des artisans fabriquant chaque partie sont aussi installés dans la région. C’est d’ailleurs pour cela que nous sommes installés ici.

Tsuba pour Iaïto Minosaka

Tsuba Jingo, Yagyu, Shippo & Hanjiro



Que faire lorsque l’on casse la saya d’un de vos iaïto ?
Et sachant que nos clients sont à l’étranger et qu’il est difficile de vous retourner l’iaïto, auriez-vous des conseils à leur donner ?

Pour la saya, c’est très simple ! Tous nos produits ont des dimensions précises ! Il suffit de racheter une saya en nous communiquant le modèle et la longueur de l’iaïto. Si votre saya est juste un peu lâche, ou bien afin de caler votre nouvelle saya, vous pouvez coller des petites feuilles de bois pour caler, comme lorsque nous fixons la tsuka (vous verrez tout à l’heure). Mais normalement, les saya sont interchangeables sans problème (M. Wakihara nous montre qu’il peut échanger la saya sur deux iaïto de la même gamme sans aucun problème).
(ndlr : vous pourrez trouver ce genre de « feuille » de bois dans la plupart des grandes boutiques de bricolage. Il faut utiliser de la colle à bois forte.

Saya same-kuroro pour Iaïto Minosaka

Saya "Same Kuroro" (peau de requin sur saya laqué noire)



Et pour ce qui est de la tsuka ?

Là, c’est un peu plus compliqué, comme le mekugi-ana (le trou) dans la tsuka est percé en même temps que la lame, il ne sera pas possible de changer la tsuka vous-même. Il faudra nous renvoyer l’iaïto. Les bricoleurs seront probablement tentés de vouloir commander une tsuka puis de la percer eux même, mais nous ne proposons pas de tsuka au détail car si c’est mal remplacé, ce peut être dangereux.

Iaïto Minosaka Tsuba & Tsuka

Habaki plaqué argent, Tsuba Kasuga, Tsukamaki soie bleu et Menuki Kenkatabami



Et pour l’entretien ou le changement d’autres parties ?

Nous déconseillons le démontage de l’iaïto aux personnes non-expertes. Cependant, s’il est impossible de nous renvoyer l’arme et que vous savez y faire, vous pouvez la démonter. Il vous faudra pour cela de la patience, et quelques bons outils. Vous verrez le processus d’assemblage tout à l’heure, il vous suffit de reproduire les étapes avec soins pour démonter et remonter votre iaïto (voir seconde partie de l’article).

Tsuba, Menuki, Fuchikashira Icho Zogan - Dorure à l'or

Tsuba, Menuki & Fuchikashira Icho Zogan doré à l'or fin



A votre avis, est-il nécessaire d’entretenir un iaïto comme un sabre ?

En fait, pas vraiment… l’iaïto est en alliage, il ne rouille pas. Par conséquent, il n’est pas nécessaire de l’entretenir comme un sabre. Mais comme l’entretien est quelque chose d’important dans le maniement du sabre, si vous souhaitez reproduire toutes les étapes de pratique d’un vrai sabre avec un iaïto, vous pouvez utiliser un kit d’entretien en veillant, surtout à ne jamais utiliser d’uchiko (poudre) car cela peut endommager la lame. On conseillera également d’huiler la lame de temps en temps avec de l’huile de choji, ou avec de l’huile de camélia (tsubaki abura), en premier lieu pour entretenir le bois interne de la saya, mais également pou au niveau du habaki, pour faciliter le dégainage (sayabiki). Il faut aussi faire attention aux tsuba en fer forgé, qui elles peuvent rouiller.


Kit d'entretien pour Shinken ou Iaïto

Kits d'entretien pour Shinken ou Iaïto - Uchiko, Choji abura, nuguigami...



Le site internet du fabricant (japonais)
Vous retrouverez les Iaïto Minosaka en fabrication sur mesure sur BudoExport.com (quelques modèles sont en stock!)



 

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