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Aïzome – La teinture indigo Japonaise traditionnelle

Publié le 1 octobre 2011 par Jordy Delage dans Entretien, Equipements, Fabricants (marques), Fabrication (artisanat)


Aizome – L’indigo Japonais

Visite à l’atelier Nogawa – De la feuille au Hakama !


La teinture Aizome, bleu indigo, également appelée « bleu japonais » est une teinture traditionnelle existant depuis la nuit des temps. Elle fut longtemps utilisées dans de nombreux domaines, des vêtements de travail extérieur aux tissus de décoration en passant par les vêtements et armures de samouraï. Nogawa Masatoshi, 3e du nom, nous accueille dans son atelier et nous fais découvrir l’indigo traditionnel tel que l’atelier Nogawa le fabrique depuis 1914.


Fabrication Indigo de Tissu pour Kendogi à l'atelier Nogawa


Nous avons décidé de vous parler de l’indigo car cette teinture est notamment utilisée pour la teinture de Hakama traditionnels (Kendo, Aïkido…) de Dogi, de Bogu (armures) et divers équipements utilisés dans les arts martiaux japonais. Notre équipe s’est donc rendue à Saïtama, à 2h de train dans le nord de Tokyo, et plus précisément dans le quartier de « Hanyu », l’un des hauts lieux de l’indigo japonais depuis plus d’une centaine d’années.

Cette teinture étant tombée en désuétude dans la seconde partie du 20e siècle, beaucoup de fabricants ont du restructurer leurs activités, c’est le cas de M. Nogawa, qui a associé à son atelier de production de tissu indigo un atelier de fabrication de Hakama et Dogi d’arts martiaux traditionnels (Labellisé Bushu Ichi – Depuis plus de 40 ans).


§ L’aizome :

Pourquoi ? Pourquoi conserver cette teinture à l’odeur forte, qui déteint, et coute cher ?

La première des raisons est purement japonaise : la tradition. Nous, pratiquants d’arts martiaux devrions être les premiers à le comprendre. La tradition est quelque chose d’important pour les japonais, c’est ce qui structure nos pratiques, c’est ce qui garantit la qualité de ce que l’on apprend. Et puis, soyons pragmatiques, comme le disent les japonais, « la tradition est bonne pour la santé ».
En effet, il semblerait tout d’abord que les artisans travaillant les mains dans la teinture toute la journée soient moins malades et vivent plus longtemps que la moyenne. En témoignera l’image proposée ci-après du doyen de l’atelier, toujours au travail et en pleine forme à plus de 80 ans.

D’un point de vue plus scientifique, cette teinture a plusieurs propriétés intéressantes. Son odeur est un répulsif naturel aux insectes ainsi qu’à divers animaux sauvages. Une propriété qui n’a pas du échapper aux travailleurs des champs où encore aux samouraï. Une autre propriété intéressante, est sa capacité antiseptique, il permet le nettoyage des plaies et améliorerait la cicatrisation, autre propriété bien utile aux travailleurs manuels et aux combattant (même si il ne faut pas non plus s’attendre à des miracles!). La dernière propriété intéressante est l’effet assouplissant sur le tissu, et notamment le coton. Cette dernière particularité de manquera pas de tilter dans l’esprit des pratiquants d’arts martiaux portant le Hakama !


§ L’histoire de l’Indigo :

Il est difficile de savoir précisément à quand remonte la découverte de cette teinture. On sait qu’elle est utilisée depuis plus de mille ans en Inde et depuis également très longtemps en Chine. L’inde étant un pays plus chaud, une fermentation naturelle se produit lors de la fabrication de la teinture, cependant, ses propriétés particulières décrites précédemment, restent bien en deçà du Aizome japonais. La légende raconte que la première teinture utilisée par Levi Strauss dans la conception de son « Jean » à destination des chercheurs d’or était du bleu indigo rapporté d’Inde, alors colonie britannique. Si cela est difficile à vérifier, la similitude entre le « bleu jean’s » et l’indigo est frappante.

Quant à la teinture chinoise, celle-ci ne passe pas par un processus de fermentation, on l’appelle en chine le « Ryukazome », la teinture du dragon, car elle déteint en laissant des traces pourpres, contrairement à l’indigo japonais déteignant dans un bleu marin, le fameux « bleu japonais ».

Au Japon, on en retrouve trace dès le 14ème siècle mais le procédé est probablement bien plus ancien. Utilisé au fil du temps comme vêtement de travail, puis comme matière première dans la haute couture destinée à la noblesse, et enfin dans la fabrication d’équipement de samouraï, aujourd’hui l’indigo se retrouve principalement dans la fabrication de matériel d’arts martiaux et dans la fabrication de tissus traditionnels (furoshiki, rideau, etc…) plutôt destinés à la décoration.

Avec le développement de l’industrie de la chimie, des teintures chimiques sont peu à peu venues remplacer l’aizome. Le secteur s’est reconverti dans la fabrication de tissus de luxe et de décoration, mais beaucoup d’ateliers ont disparus. C’est la popularité croissante du Kendo au 20e siècle qui relancera l’activité, principalement pour la teinture des Bogu (armures), Kendogi et Hakama.


§ Le processus de fabrication et le « Aizome Bushu » :

« Bushu », un label que vous retrouverez sur de nombreux équipements BudoExport est en réalité un procédé de fabrication de l’Indigo. Pour garantir une fabrication authentique et de qualité, plusieurs fabricants de Saïtama, dont l’atelier de M. Nogawa ont posé les bases de ce procédé « Bushu Process« .

1 – Chaque été, avant la floraison, on récupère les feuilles du « Polygonum tinctorum », arbre largement répandu de l’Europe à l’Asie, à l’origine de la couleur que l’on appelle « Indigo ».  Ces feuilles sont ensuite broyées sommairement à l’aide d’un maillet et stockés dans de grands sacs de toile pendant environ 3 mois où les feuilles commencent leur processus de décomposition.
2 – Une fois ces trois mois passés, on va placer le compost obtenu dans de grandes cuves, avec un catalyseur de fermentation naturelle, de la farine de blé, et bien entendu de l’eau. La fermentation commence alors et le mélange doit être surveillé et brassé quotidiennement. La fermentation étant un processus naturel et vivant (réalisé par des bactéries), le mélange nécessite une attention particulière. L’artisan veillera à ce que le mélange conserve une densité optimale pour la teinture. Ces cuves doivent être stabilisées entre 36° et 37°C
Teinture du coton à l'indigo Japonais dans de grandes cuves 3 – Lorsque l’artisan donne son feu vert, la teinture peut commencer. On plonge les pelotes de coton (non filé) dans des bains successifs, de façon à ce que la teinture pénètre la fibre en profondeur. De nombreuse cuves sont alignées contenant le mélange à plusieurs étapes de la fermentation. Lorsqu’une cuve est vidée de sa teinture, elle est remplie pour un nouveau processus de fermentation et la cuve voisine est ouverte. De cette manière, la production peut continuer tout au long de l’année.
 4 – Les pelotes de fil sont ensuite séchées pendant plusieurs jours. C’est la seule étape ou la technologie moderne intervient, une ventilation sèche permettant d’accélérer le séchage a été mise en place. Sur cette photo, le doyen de l’atelier, plus de 50 ans d’expérience, et loin d’être prêt à prendre sa retraite. 8h environ.

 Tissage du coton pour fabrication de Hakama 5 – Le fil est ensuite « filé » et mis sur bobine. Les bobines sont alignées sur des métiers à tisser, réglés pour le tissage de différents types de tissus. Le tissu pour dogi, le plus complexe, mais plus majoritairement le tissu pour Hakama. Ce tissu est ensuite placé en rouleau, puis, vendu en l’état ou utilisé directement par l’atelier Nogawa pour la fabrication de vêtement.
Couture du Hakama 6 – Il ne reste plus qu’à confectionner les vêtements ! L’atelier Nogawa fabrique la gamme « Bushu Ichi » de Hakama et Dogi (Aïkido, Kendo et Iaïdo) ainsi que de nombreux vêtements traditionnels ( Samue, Jinbeï, Tabi, T-shirt, gants…) et accessoires (Furoshiki, Ceintures, pochettes…). Mais l’atelier revend aussi directement son tissu à de nombreux ateliers, dont notre tailleurs pour Hakama entre autre.

Outre le respect des tradition, le label « Bushu Process » garantit que le tissu utilisé est teint à partir du fil pour une teinture beaucoup plus résistante, avec une coloration parfaitement uniforme, comme en témoigne l’a photo de l’un de nos hakama ci-dessous.

Hakama Bleu Indigo

Hakama Seido Bushu Aïzome #11000


§ Les tissu utilisé dans la fabrication de Hakama :

Les Hakama en coton sont souvent catégorisé de #5000 à #11000. On pense alors naturellement que plus le chiffre est élevé, meilleurs est la qualité. Ce n’est pas tout à fait vrai. Ce chiffre correspond au maillage du tissu (nombre de fils sur une surface donnée). Plus le tissage est fin et serré, plus il y a de fil, et plus le tissu est solide, en effet. Mais plus le tissu est solide, plus il est rigide. Dans la fabrication de Hakama, on admet généralement que le maximum est #11000, au delà, la perte de flexibilité handicaperait le pratiquant. L’autre élément concerne l’épaisseur des fils. Si le Halama #6000 comporte moins de fils tissé que le #11000, le fil utilisé est lui plus épais. La quantité net de coton est donc sensiblement la même, le poids du Hakama également.

Par abus de langage, on a tendance à annoncer (nous y compris) que le #11000 est « super lourd » et le #6000 mi-lourd. Le poids est en réalité relativement proche (le 10,000 ne fait pas le double du poids du 5000), mais la rigidité du #11000 donne une sensation de poids plus importante. Outre la différence de complexité du tissage, le tarif supérieur des hakama utilisant des tissus  #10000/#11000 s’explique principalement par la difficulté à travailler le tissu. Ces hakama sont généralement cousus main, et le tissu #11000 est beaucoup plus difficile à percer avec une aiguille que le #6000. Il faut donc plus de temps, et plus d’effort pour fabriquer ces modèles dit « hauts de gamme ». Ceci est particulièrement vrai dans le cas nos Hakama, intégralement fabriqués main.


§ L’atelier Nogawa :

L’atelier est composé d’une vingtaine de personnes. quatre travaillent sur l’indigo lui même, le reste travaillant à la confection du tissu et à la fabrication de vêtements.

L’atelier de M.Nogawa est particulièrement intéressant, en cela qu’il n’a pas accepté de travailler directement avec nous. M. Nogawa veut être certain de ne travailler qu’avec des gens qui respectent et connaissent son travail. Complètement obnubilé par la qualité de sa teinture et de ses équipements, la conversation n’a tournée qu’autour des procédés de fabrication, de l’indigo lui même aux méthodes de tissage, de coupe et de couture des équipements d’arts martiaux, jusqu’aux techniques de ventes de certains revendeurs très « opaques » sur l’origine de leurs produits Indigo. Il ne fait nul doute pour notre équipe que les équipements « Bushu Ichi » de l’atelier Nogawa sont de la meilleure qualité possible.

Mais M. Nogawa accorde déjà sa confiance à notre tailleur, et c’est également l’une des raisons qui nous rendent fiers de notre marque « Seïdo« .  Cependant, nous espérons pouvoir vous proposer également toute la gamme « Bushu Ichi » de M. Nogawa dans un très proche avenir, autant pour les équipements d’arts martiaux que ses vêtements traditionnels type Samue/Jinbeï.

 

A gauche : L'atelier de couture et le bureau - A droite : L'atelier Indigo Traditionnel


Pour plus d’informations sur l’entretien des vêtements teints à l’aizome, consultez notre article sur le sujet.




Interview par Eriko Hoshi
Traduction et photos par Jordy Delage
Copyright photos et textes – BudoExport LLC.
Source additionel : Site internet de l’atelier Nogawa (en japonais)



 
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2 réponses

  1. […] utilisé pour les tissus « sarashi ». En revanche, il est utilisé pour les tissus de couleur « Aizome » (l’indigo traditionnel), car l’aizome déteint énormément et le processus alors appelé […]

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