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Le choix du bokken en Aikido – Guide détaillé & Etudes de cas

Publié le 16 novembre 2016 par Jordy Delage dans Aikido, Comparatifs, Equipements, Kendo, Kobudo

Le choix du bokken en Aikido

Guide détaillé & Etudes de cas


Il y a quelques mois, j’ai parlé des armes du point de vue de l’artisanat traditionnel. Tout en conservant toujours le point de vue de l’objet, j’essaye aujourd’hui de changer d’axe et de parler des conséquences du choix d’un bokken sur la pratique en elle-même.
Je ne me permettrais pas de donner quelque conseil que ce soit. Je suis moi-même un simple pratiquant et j’ai fait mes propres choix et je m’y tiens. Je vous livre simplement mes observations basées sur une petite expérience de pratique, mais surtout sur une grande expérience des outils en eux-même. TLes conseils et choix de vos enseignants sont indiscutables et mes observations ne reflètent que mon point de vue personnel, basé sur mon expérience personnelle et spécifique. Je tiens tout de même à préciser que j’ai pratiqué au moins quelques heures avec toutes les armes que je mentionne dans cet article.
La lecture de l’article Choisir son Bokken : Taille, poids, forme, bois, … est fortement recommandée pour plus de détails techniques et comparaison des différents modèles.


Koryu Bokken

From top to bottom: Keishi Ryu, Iwama Ryu, Jiki Shinkage Ryu


Le bokken, objet d’étude.

La plupart d’entre vous commencent la pratique avec un bokken dit “standard”, c’est-à-dire en chêne rouge ou blanc, de 101.5 cm de long pour environ 500 à 600g.
Ce bokken est en réalité un bokken conçu pour les katas de kendo. Il est prévu pour pouvoir accueillir une tsuba (garde), et il est standardisé de manière à ce que chaque pratiquant ait un sabre de la même taille (pour éviter les écarts de distance – maai – lors de la réalisation des kata).
Ce modèle est largement suffisant pour la majorité des pratiquants d’Aikido. Il est solide (pour peu qu’il soit fabriqué au Japon), relativement léger, et s’adapte donc aussi bien à une pratique avec contact – uchiai – qu’à une pratique sans contact. Cependant, la plupart des écoles de sabre, les fameux Koryu/Kobudo, ont choisi des bokkens spécifiquement adaptés à leur pratique.


Bokken Classiques

Quatre bokkens supérieurs en chêne rouge de chacun des quatre derniers ateliers du Japon : Nidome, Aramaki, Horinouchi et Matsuzaki (de haut en bas).


En réalité, la standardisation des outils de pratique, et notamment des armes, date principalement de l’ère Meiji. Meiji est l’époque qui a vu se former la première grande armée unifiée du Japon, formée principalement sur les modèles occidentaux (Français, Anglais, Allemand…). Il y a donc eu une vague de standardisation de l’équipement pour une production à grande échelle, et surtout, des harmonisations techniques permettant de passer d’un enseignement de maitre à élève à un enseignement de masse.
On comprendra aussi par là que “standardisation” signifie que l’outil “standard” est adapté à la majorité des pratiquants, mais on comprendra également que choisir des armes adaptées lorsqu’on a une morphologie assez éloignée de la moyenne semble être un choix cohérent, tant d’un point de vue purement logique/pratique que d’un point de vue historique.

Les bokkens fins/légers

Fortement privilégiés par les écoles se focalisant sur le combat en duel ainsi que sur le combat face à de multiples types d’armes (bokken contre naginata, bokken contre yari, etc.). C’est le cas par exemple du Bokken Jiki Shinkage Ryu Naginata Yo qui est utilisé par Jiki Shinkage dans le cadre des katas contre naginata. C’est également le cas de l’école Yagyu Shinkage Ryu qui dans sa ‘dernière’ réforme notable se concentre sur le combat en armure légère ou sur le duel, nécessitant de bouger rapidement et sacrifiant la puissance de coupe (nécessaire pour couper/percer les armures). Autre exemple, le cas de l’école Niten Ichi Ryu, école de Miyamoto Musashi qui se focalise sur la pratique à deux sabres et qui par conséquent nécessite l’utilisation de sabres légers pouvant être maniés à une main.

Les bokkens légers permettent principalement de travailler la vitesse et la précision (contrairement à ce que l’on pourrait penser, il est très difficile d’être précis avec un bokken léger, car tout mouvement parasite se reporte directement sur l’arme). En revanche, avec peu de puissance contondante et peu de puissance de coupe, ils ne permettent pas le travail de renforcement.


Bokken léger

Trois bokkens fins par l’atelier Aramaki, de haut en bas : Yagyu Shinkage Ryu, Jiki Shinkage Ryu Naginata Yo et Yagyu Ryu.


En Aikido, on notera tout d’abord la pratique du fondateur (les dernières années) avec un bokken léger. Il est difficile de dire quel est le modèle utilisé, ni s’il existe toujours, mais il s’agit sans aucun doute d’un modèle fin avec une courbure assez peu prononcée. En France, Tamura Nobuyoshi sensei utilisait également un bokken léger. On pourra dire que ce type de bokken léger sous-tend la pratique en ki no nagare (fluide, basée sur la justesse du mouvement et du timing).

Les bokkens lourds

Les bokkens lourds sont généralement utilisés par les écoles axant leur pratique sur le combat en armure lourde et/ou sur la résistance physique. Des écoles comme le Jiki Shinkage (Kenjutsu et non Naginata cette fois-ci) ou le Kashima Shinto Ryu utilisent des bokkens très lourds, avec pour objectif la formation des pratiquants au champ de bataille des périodes Muromachi ou Sengoku. En effet, les bokkens lourds ont pour objectifs de former à l’utilisation d’un sabre lourd, plein (sans gorge souvent), très puissant et permettant de mettre à mal les armures les plus solides de l’époque.
Si le travail avec ce type de bokken permet de développer la puissance des hanches, des bras/avant-bras et de la force de préhension des mains, et outre les dangers qu’il peut y avoir pour le dos lors d’une pratique trop soutenue, il ne permet pas de travailler la vitesse, la précision ou le placement. En Aikido, on pourrait dire qu’un travail avec ce type d’arme sous-tend le travail de Kotai (travail arrêté avec saisie puissante).


Bokken lourd

Trois bokkens lourds en chêne rouge, de haut en bas : Kashima Shin Ryu (avec sa tsuba), Kashima Shinto Ryu et Keishi Ryu.

Les bokkens “standards”

Outre le Kendo un art moderne dont les choix sont basés sur des principes éducatifs et non sur des impératifs de champs de bataille, des écoles comme le Katori Shinto Ryu ou le Shindo Ryu utilise des bokkens de poids relativement standard. Ce type de Bokken supporte des choix techniques précis. Le Katori Shinto Ryu fut créé durant la période Muromachi (batailles en armures lourdes), mais se focalise sur la précision des attaques pour toucher les points faibles de l’armure. C’est une logique efficace, mais qui requiert beaucoup plus d’entrainement que l’utilisation d’une force plus brute générée par l’utilisation d’armes plus lourdes.

Le bokken “standard”, un bon choix pour l’Aikido ?

Et bien probablement pas.
Comme tout outil que l’on manie pendant un certain nombre d’heures par semaines ou par mois, le bokken façonne votre corps et modifie vos techniques. Tout comme un tennisman choisit une raquette adaptée, tout comme un golfeur choisit le club adapté à sa frappe, ou encore comme un enfant utilisera un bokken plus court, à un certain niveau de pratique, il est important d’utiliser un outil qui sous-tend les objectifs techniques et qui est adapté à la morphologie du pratiquant.
Alors, que faire ? Il est très difficile de répondre à cette question, car l’Aikido est un art qui se pratique à deux. En effet, si vous arrivez avec un bokken de 900g face à un pratiquant portant un bokken de 400g, au-delà du risque de lui détruire son bokken, vous allez aussi déséquilibrer totalement les katas (dégager son arme violemment au contact, mais bouger beaucoup moins rapidement) et vous ne pourrez pas pratiquer le kata correctement.
Il est donc important de garder une certaine cohérence entre la technique/le kata, et les armes utilisées par chaque pratiquant.
Ne choisissez donc pas une arme spécifique selon les recommandations que je vais donner pour aller au dojo. Si vous êtes enseignant, vous pouvez proposer à vos élèves de travailler des directions spécifiques avec des armes spécifiques. Si vous êtes simple pratiquant, vous pouvez tout simplement en parler avec votre enseignant. Vous pouvez également, que vous soyez enseignant ou non, envisager un travail complémentaire seul ou avec un partenaire ayant la même recherche que vous, en dehors des cours.


Bokken Tsubanashi Classique

Deux bokkens Tsubanashi de forme ‘classique’, très haut de gamme. Hon Kokutan (ébène d’Afrique) en haut, Hon Biwa (vrai néflier du Japon) en bas.

La longueur du Bokken :

Tout comme pour le Jo, on entend souvent qu’un bokken devrait être adapté en longueur à la taille du pratiquant. C’est d’ailleurs tout à fait vrai en Iaido ou le sabre doit être adapté pour donner un maximum de longueur tout en ne gênant pas le noto (retrait du sabre de la saya).
Malheureusement, l’utilisation d’armes de longueurs différentes, tant pour le jo que pour le bokken pose un véritable problème de cohérence des kata et du maai (distance). Le point de contact d’une part et la puissance de bras de levier d’autre part va déséquilibrer le kata, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle on ne voit que très très peu d’écoles de Kenjutsu utiliser des sabres de longueur différente en fonction des pratiquants.
Quel est le plus important ? La justesse du kata ou l’efficacité de celui-ci. À partir du moment où l’objectif n’est pas l’utilisation de l’arme sur le champ de bataille, et compte tenu du fait que la pratique du sabre en Aikido à pour but principal de soutenir le Taijutsu (pratique sans arme), il parait peu opportun d’adapter la longueur de l’arme à la taille du pratiquant.

Sachez cependant que plus une arme est longue, et plus elle fait plonger vers l’avant et force à maintenir la tsuka (poigné) proche du centre pour éviter d’en perdre le contrôle. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la plupart des suburitos (sabre lourd pour le travail de renforcement) sont plus longs que les bokkens classiques.

La courbure :

La courbure est le résultat direct de l’optimisation du katana. Outre certains impératifs techniques à la fabrication, la courbure permet d’améliorer significativement l’angle de coupe et la résistance de l’arme tout en facilitant la sortie de la saya. En revanche, la courbure ralentit de manière significative la technique et limite la puissance d’estoc (tsuki).
Ma compréhension du sabre de l’Aikido (cela reste un avis personnel) me pousse à penser que l’utilisation de sabre à très faible courbure (que ce soit le bokken lourd type Iwama, ou le bokken plus léger utilisé par le fondateur sur ses dernières années) est due au fait que les techniques de sabre ne sont pas faites pour trancher/tuer l’adversaire.Au contraire, le but de Morihei Ueshiba était, apparemment, “de démontrer à l’adversaire l’inutilité de son attaque”, et pour cela, il le met en situation d’échec technique permanent, mais sans le blesser. Hors, un sabre droit permet d’être beaucoup plus direct, plus rapide, et mieux placé. Il permet d’agir et de mettre en échec avant de se retrouver dans l’obligation de trancher (une main par exemple) avant d’être soi-même tranché dans la dynamique du mouvement.

Un sabre droit vous permettra donc de travailler la vitesse et la précision, avec un avantage clair sur les coups d’estocs, alors qu’un sabre courbé vous mettra plus dans une dynamique de travail de coupe, avec plus d’amplitude de mouvement.

Le poids du bokken

Adapter légèrement le poids de son arme à sa morphologie, tout en évitant les écarts trop importants pour les raisons mentionnées plus tôt, me parait une bonne option.En effet, si le choix d’un bokken plus ou moins lourd à des conséquences immédiates sur la pratique, le choix d’une arme totalement disproportionnée en matière de poids peut bloquer l’apprentissage des qualités supposées être développées par la technique.Si vous mesurez 1m90 pour 90kg, l’utilisation d’un bokken standard en chêne rouge de 500 ou 550g vous posera beaucoup moins de difficultés qu’à un pratiquant de 160 cm pour 50 kg. Or, c’est la difficulté qui mène à l’apprentissage.
Sans créer d’écart trop important, il parait opportun de choisir une arme plus lourde lorsque l’on est plus grand et plus lourd, tout en conservant les proportions proposées par le type d’arme choisi.
C’est tout l’intérêt du choix de l’essence de bois, qui pour une même arme peut permettre de faire varier le poids de 20 à 30%. On conseillera donc une arme en chêne rouge peu dense, ou en isu no ki peu dense également, à un pratiquant petit et léger, et une arme en chêne blanc le plus dense possible (éventuellement en Sunuke s’il n’y a pas de contact puissant) à un pratiquant grand et lourd.


Bokken Suburito

Suburito/Furibo de l’école Jiki Shinkage Ryu (environ 20 kg).


Enfin, la même logique s’applique aux suburitos si vous souhaitez développer un travail de renforcement à côté des cours. Si vous êtes petit et léger, vous devriez envisager un suburito léger et court (chêne rouge, 106 cm par exemple), alors que si vous êtes grand et lourd, vous devriez envisager l’inverse (chêne blanc, 115 cm par exemple).

L’épaisseur du Bokken, et principalement de la tsuka

L’épaisseur a une conséquence directe sur le poids, bien entendu, mais je souhaiterais aborder ici l’importance de l’épaisseur au niveau de la saisie.
Une tsuka épaisse va forcer la modification de la saisie de l’arme, et cela à un avantage majeur en Aikido, le tenouchi, ou la puissance du grip.
Si l’on peut avoir des points de vue totalement opposés sur la nécessité de saisir puissamment ou légèrement dans le rôle d’uke, il parait assez évident qu’une forte puissance de saisie dans le rôle de tori reste nécessaire pour avoir un bon contrôle du partenaire lors de la réalisation des techniques.
L’épaisseur de la tsuka permet de travailler en profondeur la puissance du tenouchi, tout en forçant le relâchement des épaules, comme le veut le travail du sabre, quelle que soit l’école pratiquée.

Le cas du Bokken Iwama Ryu

Le Bokken Iwama Ryu est bien connu des pratiquants de cette école. Long de 103 cm, relativement épais et lourd, sa forme actuelle est relativement récente et correspond à l’apport de légères modifications par Saito sensei lorsque ces bokkens initialement fabriqués à Iwama ont dû être fabriqués en plus grande quantité et standardisés, et donc confiés aux ateliers de Miyakonojo (et de Tsukuba avant la disparition de celui-ci).
Le modèle initial faisait 101.5 cm, avait un mine (arrête supérieur très simple) et était un peu plus épais. L’origine de la simplicité de cette arme vient tout simplement du fait que ni Osensei, ni Saito sensei ne disposait des compétences (et n’en ressentait peut-être pas le besoin) de créer un bokken plus complexe.

Je ne connais pas la raison de l’allongement de 1.5 cm, mais cela ne parait pas absurde compte tenu de l’augmentation de la taille moyenne de l’être humain depuis 70 ans.
Ces deux modèles ont trois grandes caractéristiques importantes, ils sont lourds, ont une épaisseur quasi constante de la poignée au kissaki et sont presque droits.
Lourd, très probablement parce que le travail de recherche d’Osensei à Iwama pendant et immédiatement après la guerre, tenant compte de son âge, restait significativement axé sur la puissance (si O’sensei était petit, il était très musclé et très puissant. Saito sensei également).
Peu courbé, cela peut être dû au fait qu’aucun des pratiquants à Iwama n’avait les compétences pour faire un bokken plus courbe, ou un choix, auquel cas cela correspondrait à mes conclusions sur l’importance d’une arme permettant un placement rapide et direct détaillé plus tôt.

Si le bokken Iwama sous-tend clairement la pratique aux armes de cette école, a-t-il un sens en dehors de celle-ci ?
La réponse dépend grandement des techniques pratiquées et du but de la recherche de chaque type de pratique. Ce qui est clair cependant, c’est que les bokkens droits se retrouvent souvent à travers l’histoire de l’Aikido, que le travail du tenouchi n’est jamais inutile pour le taijutsu, et que le travail de renforcement est préconisé par quasiment tous les enseignants que je connais ou dont j’ai pu lire les écrits (pas nécessaire dans la technique ou dans le kata ni tout au long du cursus, mais au moins au début).

Quitte à travailler les suburi, pourquoi ne pas le faire avec un Bokken Iwama plutôt qu’avec un Suburito ? Que mes recherches et mes conseils soient justes ou non, utiliser un bokken conçu par O’sensei pour la pratique des suburi me parait être un choix relativement sûr quant aux qualités développées lors de la pratique des suburi. C’est d’ailleurs le choix que j’ai fait.

Quelques exemples de choix d’enseignants


Christian Tissier::
La pratique des armes de Christian Tissier est très intéressante, car elle se base à la fois sur un apprentissage des armes de l’Aikido, et sur un travail personnel basé sur des mouvements de kenjutsu de Kashima Shin Ryu qu’il a travaillé avec Inaba Minoru sensei à une époque où ils s’entrainaient ensemble. Il s’agit donc d’un système personnel synergique avec sa pratique du taijutsu.
Malgré une influence notable du Kashima Shin Ryu dans ses mouvements de Ken, on notera qu’il n’utilise que peu ou pas les bokkens lourds de cette école
Ce choix et l’introduction de la vidéo sus mentionnée : “[…] qui s’adressent particulièrement aux pratiquants proches de mon enseignement”, laisse penser que le système Aiki-ken / Kenjutsu de Christian Tissier est tout à fait spécifique à son système d’enseignement de l’Aikido et que le choix d’un outil “standard” l’est à dessein et sous-tend le contenu technique de sa pratique.
Si on le voit également parfois avec un bokken fin, type Yagyu, il recommande pour le tanren le modèle Keishi Ryu, assez épais, mais moins imposant que le Kashima Shin Ryu.



Christian Tissier Shihan expliquant d’où viennent ses techniques de Bokken. (Credit @GuillaumeErard.com)


André Cognard:
André Cognard utilise principalement un bokken qui a été créé par son maitre, Kobayashi Hirokazu (Aikidoka et Kendoka) et qui est relativement proche d’un Bokken Yagyu, léger.
Pour son entraînement personnel, André Cognard indique utiliser un grand nombre d’armes différentes selon le type de pratique recherché. Il a également une préférence particulière pour les tantos longs.
Si dans son école (que j’ai moi-même pratiquée quelques années) la pratique des armes tient une place très importante et débute dès le début de l’apprentissage. Le bokken n’est pas utilisé pour expliquer le taijutsu, et ce parce que la technique de Taijutsu principale, basée sur le meguri (rotations articulaires) des bras et des hanches, ne se prête pas à ces parallèles.
Il recommande, dans son système de pratique, l’utilisation du bokken de l’école (proche du Yagyu donc), ainsi qu’un jo classique de Jodo (longueur standard de 127 cm) qui est également le modèle généralement utilisé dans tous les courants d’Aikido.
Ma compréhension des techniques de cette école reste limitée compte tenu du fait que je n’ai pas persévéré dans cette voie, cependant, je ressens une forte cohérence entre le mode de pratique de l’aikiken et le taijutsu, autant sur l’attitude générale que sur les positions du corps, cohérence qui me semble d’ailleurs parfaitement visible de l’extérieur.
Là encore, il me semble que le système développé dans l’Aikido Kobayashi Hirokazu fait preuve d’une forte cohérence entre taijutsu et aikiken, et je remarque qu’un choix spécifique est fait sur la nature et le type de bokken utilisé.



Andre Cognard Shihan, demonstration d’Aikido, 2010.


Guillaume Erard:
Guillaume utilise les armes pour deux raisons principales l’entrainement personnel de tanren ainsi que pour montrer des similarités ponctuelles entre certaines techniques à mains nues et certaines techniques d’armes (lorsqu’elles existent)..
Guillaume utilise principalement les modèles Kashima Shin Ryu et Jiki Shinkage Ryu pour le tanren, ainsi que le jo dont la longueur permet de déplacer le centre de gravité et augmenter virtuellement le poids de l’arme à l’utilisation. Il utilise également des suburitos extra lourds (type marteau ou rame), de manière à faire varier les outils pour faire varier les contraintes de travail et éviter l’automatisation du mouvement, avec pour objectif un travail de posture, coordination et relâchement.


Guillaume Erard

Isoyama Shihan montrant les armes d’O Sensei à Guillaume Erard au dojo d’Iwama


En ce qui concerne l’aspect technique, Guillaume essaie de donner aux armes une place qui soit cohérente au niveau technique, mais aussi au niveau historique. Les arts traditionnels, les koryu, contiennent souvent des curriculums à mains nues et des curriculums d’armes qui permettent parfois des parallèles, mais ce n’est pas automatique. Pour lui, le corps n’est pas utilisé de la même façon en fonction de l’outil que l’on a dans les mains.Il met l’accent sur les différences notables dans la façon de se servir du corps au sein d’une même école en fonction de si l’on en pratique le kenjutsu ou le taijutsu, et notamment dans sa pratique du Daito Ryu dont les techniques à mains nues ne sont pas, selon ses recherches, derivées de techniques d’armes antérieures. Guillaume insiste donc sur l’importance de faire attention à ne pas « contaminer » la pratique à mains nues avec n’importe quel mouvement d’armes, et vice versa. Par conséquent, dans son enseignement, il aborde l’étude des armes lorsqu’elles sont pertinentes pour l’explication d’un mouvement de taijutsu : soit pour expliquer l’origine d’une attaque ou d’une position de départ, soit pour illustrer une phase dans un mouvement spécifique (par exemple, une coupe kesagiri avec la jambe arrière qui balaie afin d’illustrer la fin d’un mouvement ura kotegaeshi).
Guillaume pense également qu’au même titre que les frappes, il est intéressant de savoir manier une arme pour travailler sur des attaques concrètes, d’où l’intérêt de pratiquer un système d’arme à côté de l’Aikido (en étant très vigilant à ne pas contaminer sa pratique de l’Aikido). Dans l’enseignement, il utilise principalement des armes légères et peu encombrantes comme le bokken Yagyu Shinkage Ryu, mais également des shinai, jo et tanto.


Léo Tamaki:
Léo a commencé l’Aikido, comme la plupart d’entre nous, avec un bokken classique. Il s’est ensuite naturellement dirigé vers un modèle Yagyu Shinkage Ryu, plus fin et plus effilé, puis enfin, il utilise aujourd’hui un bokken qu’il a fortement contribué à populariser, le modèle Jiki Shinkage Ryu Naginata Yo, encore plus fin et plus droit que le Yagyu Shinkage.
À l’occasion d’un présent à feu Tamura sensei, ce dernier lui fit part de son affection pour ce type de bokken et mentionna le fait qu’O’sensei disposait également d’un modèle proche de celui-ci (ce qui confirme mon sentiment développé en début d’article).
Aujourd’hui, Léo utilise également, pour son entrainement personnel, des Iaito classique et lourd (Dotanuki), Shinai et Fukuroshinai Yagyu (assez léger). Léo m’indiquait il y a peu que par le passé, il utilisait des suburitos et autres barres de fer très lourds pour le travail de tanren mais qu’il avait stoppé l’utilisation de ce type d’outil, car ils ne correspondent pas à l’utilisation du corps qu’il souhaite développer. Léo recommande fortement à tous ses élèves l’utilisation du même Bokken Jiki Shinkage. Là encore, on en revient à l’importance de l’outil sur le développement technique et physique du pratiquant.



Weapon demonstration by Leo Tamaki, NAMT 2014.


Mes choix personnels:
Je terminerai en vous précisant les choix que j’ai moi-même faits, pour donner du relief aux conseils donnés ici.
Je pratique le kata avec un Bokken Yagyu Ryu en Sunuke (les modèles en chêne étant un peu léger à mon goût). Assez similaire, bien qu’un peu plus courbé que le modèle Jiki Shinkage Ryu Naginata Yo, j’utilise celui-ci, car il s’agit d’un cadeau d’un artisan et que j’apprécie beaucoup son équilibrage.
Après un certain temps à utiliser un modèle en chêne, je suis passé au Sunuke un peu plus lourd.
Pour les katas avec contact, j’utilise un bokken en chêne blanc classique, relativement dense pour être certain qu’il ne cassera pas.
Je n’utilise pas de gros suburito, de sabre long ou de jo épais car je recherche plus l’endurance que la puissance et je pense que dans ma pratique de l’aikido, la justesse du geste est plus pertinente que sa puissance.


Encore une fois, je tiens à préciser que je vous livre dans cet article le résultat de mes recherches personnelles du point de vue de l’objet et non du point de vue de la technique. Le même travail de recherche partant du point de vue de la technique peut mener à des résultats différents, et si c’est votre cas ou le cas de votre enseignant, je ne peux que vous inviter à suivre ses conseils et oublier les miens.

Bonne pratique à tous.




Cet article est tiré d’un article écrit par Jordy Delage, publié en 2016 dans Dragon Magazine Special Aikido HS No. 3 (France)
– Photos et texte : Jordy Delage





 

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