Contrefaçons de Dogi & Hakama d’Aïkido
Via de faux logos Aïkikaï fabriqués en Chine
C’est un sujet que nous avons hésité à aborder, mais après discussion avec la fondation Aïkikaï, nous avons pris la décision, avec leur accord, de communiquer sur le sujet.
L’aïkido est un art en pleine expansion, particulièrement hors du Japon, et, pour certaines entreprises peu scrupuleuses, c’est également un marché qui peut s’avérer particulièrement rentable. Si jusqu’à maintenant les techniques de vente se limitaient aux fausses recommandations ou bien à l’apposition de labels de qualité factices, un cap a récemment été franchis avec l’apparition sur le marché de « faux équipements Aïkikaï ». Oui, ce n’est pas une plaisanterie, le logo officiel de la fondation Aïkikaï a été contrefait !
Qu’est-ce que le logo Aikikai ?
A l’ère d’internet, on peut lire de nombreuses choses sur internet… parfois vraies, souvent fausses. Quelques précisions s’imposent donc.
Le logo Aikikai apposé sur les équipements est une reconnaissance officielle de la fondation Aikikai, dont le siège est l’Aikido Hombu Dojo (dojo central) situé à Tokyo. Cette reconnaissance ne se base sur aucun critère fixe mais sur l’appréciation subjective du matériel d’une part par le Doshu, dirigeant de la fondation, d’autre part par le collège technique du Hombu dojo, ainsi que dans une moindre mesure par l’avis de tous les enseignants du Hombu dojo, titulaire ou non.
Le logo « officiel », ou « Kônin mark » en japonais, n’est pas une licence. Il n’est rien demandé en contre parti, ce logo est attribué à titre gracieux (gratuit – si ce n’est le coût de fabrication du logo lui même qui nous revient bien entendu). Il n’y a donc aucune motivation financière derrière l’attribution de ce logo.
C’est même plutôt l’inverse, le fabricant donne quelques équipements aux enseignants du hombu dojo, juste le nécessaire pour pouvoir les tester en situation. Si la qualité convient, alors il ne reste plus qu’à juger si l’entreprise en faisant la demande est digne de confiance.
Si Seido dispose de cette confiance, c’est en raison de la qualité des équipements bien entendu, mais aussi et surtout parce que toute l’équipe Seido est composée de pratiquant d’Aikido, tous élèves du hombu dojo. Les enseignants nous connaissent, ils peuvent parler facilement avec nous, que ce soit pour ce genre d’affaire de contrefaçon, ou plus simplement, sur les détails techniques de nos équipements, où même éventuellement pour passer commande ! Ce logo est bien une reconnaissance de la qualité du matériel et du travail fournie par Seido.
C’est probablement cela le plus important, la confiance ! Si l’Aikikai n’a aucun intérêt pécuniaire derrière l’attribution du logo, il y a en revanche une question d’image. L’entreprise en question représente, en quelque sorte, l’aikikai, tout du moins, en ce qui concerne le matériel. Et c’est justement cela qui nous a amené à informer l’aikikai de l’existence de contrefaçons, et à écrire cet article. Il était de notre devoir, non seulement de reporter la fraude, mais surtout de fournir au hombu dojo toute l’aide nécessaire pour lutter contre cette fraude. C’est ce que nous avons fait, et continuerons à faire.
Comment avons nous découvert la supercherie ?
Il y a 3 semaines, nous avons été contactés par un fabricant chinois, relativement réputé puisqu’il fournit des marques telles que KuSakura, Mitsuboshi, Shureido, Lotto, Hayabusa, etc.
Notre contact, après avoir consulté les sites BudoExport à comprit que notre clientèle était majoritairement composée d’Aïkidoka et il nous a immédiatement proposé Hakama et Keikogi (kimono) sous logo Aïkikaï, nous garantissant « respecter les spécifications dictées par la fondation Aïkikaï ».
Bien entendu, nous avons tout de suite réalisé que quelque chose ne tournait pas rond. Tout d’abord, il n’existe, à notre connaissance, que 6 entreprises autorisées à utiliser ce logo. Iwata, Tozando, Mitsuboshi, Xebec, Jinbudo et bien entendu, Seido. Par ailleurs, l’une des conditions « tacites » pour l’obtention du logo, était d’être une entreprise japonaise, notamment pour que les Shihan du Hombu dojo puisse contrôler de temps en temps la qualité du matériel.
Certaines entreprises françaises ses sont récemment vu refuser l’homologation pour cette raison.
Un autre élément troublant s’ajoute est le fait qu’en réalité, la fondation Aïkikaï ne dicte aucune règle en matière de fabrication. Ce qui compte n’est ni le pays d’origine des produits, ni les dimensions exactes, mais bien la qualité générale du produit fini. Les produits sont testés par plusieurs enseignants du Hombu dojo pendant un certain temps, lavés et essorés plusieurs fois, et c’est après quelques semaines ou quelques mois d’utilisation intensive qu’il est décidé ou non d’accorder l’agrément Aïkikaï. (Ceci laisse une grande marge de manœuvre aux jeunes entreprises comme Seido pour modifier ou créer des produits innovants et les proposer aux pratiquants. De plus, dans les faits, si l’on veut faire de la qualité, il est peu commode de fabriquer en Chine ou au Pakistan, que ce soit pour les vêtements ou pour les armes, et ce, en dépit des faux labels de qualités cités plus haut)
Sûrs de notre jugement sur le produit, nous contactons immédiatement le Hombu Dojo pour vérifier notre intuition. Bien entendu, celle-ci s’avère juste.
En tant que pratiquant d’Aïkido du Hombu Dojo autant qu’en qualité de fabricant de matériel labélisé Aïkikaï, il nous a paru naturel de proposer d’aider la fondation Aïkikaï à ce sujet et nous avons donc commandés au fabricant des échantillons de produits.
Immédiatement, on nous annonce qu’en dessous de 100 pièces, le prix est multiplié par 10.
Un Hakama fabriqué en Chine vendu 15 dollars américains (soit environ 12€) passe donc à 120€, quant au Keikogi proposé à 26€, il passe à plus de 150€. C’est à dire plus cher que les prix publics des produits Seido fabriqués au Japon.
Il était hors de question de payer une telle somme, nous avons donc simplement demandé des échantillons de tissu ainsi que du logo Aïkikaï.
Étonnamment, le commercial accepte, et nous recevons tout cela fin octobre. Voici quelques visuels du logo ainsi que des échantillons de tissu. Ils sont comparés avec les vrais.
Début novembre, nous apportons le tout à la fondation Aïkikaï qui va décider ou non, selon les possibilités du droit international, de poursuivre l’entreprise en question en justice.
Il semblerait juste, par ailleurs, que la fondation Aïkikaï pose comme condition aux entreprises utilisant le logo de ne pas travailler avec ce fournisseur chinois (c’est actuellement le cas de Mitsuboshi, même s’ils ne sont probablement pas au courant de la supercherie).
De notre côté, nous avons mis un terme à la discution avec le commercial chinois.
Mais vous allez nous dire, pourquoi publier cela en Français ?
Parce que selon les dires du dit commercial, leur marché principal est la France. Cela signifie que de nombreuses contrefaçons circulent ou vont circuler sous peu en France.
Par ailleurs, c’est le Hombu Dojo qui nous a expressément demandé de communiquer sur le sujet. Ce type de contrefaçon risquerait non seulement de nuire à leur image, mais pourrait également créer des malentendus entre les différents fabriquant de matériel d’Aïkido.
Comment reconnaître une contrefaçon :
- Pour le logo, c’est assez complexe car celui-ci est relativement bien imité.
Vous remarquerez cependant que la contrefaçon n’est pas du tout tissée pareil en regardant le côté opposé au logo. Si vous pouvez voir par transparence le type de tissage, alors ce sera clair.
- Pour le matériel, c’est également complexe. Les Hakama sont bien entendu de moins bonne qualité et le tissu plus léger que les modèles japonais, mais Tozando, Iwata, Xebec, Seido,etc. ne fabriquent pas tout à fait le même matériel, et sans être connaisseur, il sera difficile de faire la différence.
- La solution : regardez la marque ! Les seules marques officiellement autorisées sont : Seido, Tozando, Iwata, Xebec, Mitsuboshi et Jinbudo. Tout produit ne portant pas le logo d’une de ces 6 entreprises est très probablement une contrefaçon.
Ci-dessus les échantillons de tissus comparés avec nos produits fabriqués au Japon.
Pour conclure
Il est regrettable de voir ce genre de pratiques dans le monde des arts martiaux. Cependant, il faut être réaliste, là où il y a un marché, aussi infime soit-il, il y aura toujours des gens pour en profiter. Tout le monde peut participer à l’effort, tout d’abord, en évitant d’acheter des produits issus de ce fournisseur (celui-ci est également un gros fournisseur d’armes en chêne (kashi) de fabrication chinoises, bokken, jo, tanto…). Vous trouverez ci-dessous quelques photos fournis par le commercial de produits que l’on peut trouver en Europe.
Lorsque vous achetez vos équipements en boutique en France ou ailleurs, n’hésitez pas à demander au vendeur l’origine des produits et un maximum de détail pour vous assurer de la provenance et de la qualité de vos achats.
Cet article est publié sur demande express de la fondation Aïkikaï et du Hombu Dojo. Il peut être repris en tout ou parti (en citant la source bien sûr), nous vous invitons même fortement à le faire, pour que l’information circule un maximum.





















Je viens de passer plusieurs mois en Asie et je suis passée par la Chine et le Japon. Je trouve cet article très bien, bien qu’il sera toujours très difficile pour nous acheteur de faire la différence. La seule chose que l’on peut faire est de passer par des magasins reconnus avec une certaine éthique. En effet je pense que nous consommateur avons un rôle à jouer dans ce problème de la contrefaçon qui nuira à tout le monde sauf aux commerciaux non scrupuleux. Les revendeurs aussi doivent aider les consommateurs et ne pas revendre n’importe quoi, c’est la seule manière de limiter inondation du marché par de la contrefaçon. Encore une fois je constate que les chinois ne sont pas tous très honnête et la malhonnêteté de certains nuira à la confiance pour les autres. Une bonne économie et un bon commerce ne doit pas être basé uniquement sur l’argent mais aussi sur des valeurs éthiques et honnêtes.
Merci pour ce commentaire.
C’est en effet regrettable que les choses se passent de cette manière.
Maintenant, c’est à la fondation Aïkikaï de démêler le problème en détail.
Nous avons pris pour parti de ne rien faire fabriquer en Chine, pas tant à cause des contrefaçons, mais surtout à cause des écarts de qualité important entre deux lots de produits (que ce soit la qualité du tissu, les mesures qui varient, etc.). Problèmes que nous n’avons pas avec notre entrée de gamme fabriquée en Corée.
Quoi qu’il en soit, vous avez parfaitement raison, c’est d’abord au consommateur d’être vigilant !
Comme disait Coluche : » Quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent plus de saloperies pour que ça ne se vende pas! ».
J’ai en ma possesion un gi qui possède la bonne broderie aïkikaï mais de la marque Fuji Daruma que vous ne citez pas. C’est une marque japonaise et il est de très bonne qualité.
Existerait-il une liste officielle qui permette de mieux nous-y retrouver ?
Bonjour Stéphane,
Il n’y a pas de liste « officielle » éditée par la fondation Aikikai, mais puisque notre article a été écrit à leur demande, vous pouvez prendre la notre comme référence, elle est sûre et exhaustive à la date ou je vous écris ce post. (A savoir: Iwata, Tozando, Seido, Jinbudo, Xebec et Mitsuboshi.)
Fuji Daruma semble appartenir à l’entreprise japonaise « Anshin Shokai », et ces produits semblent bien être fabriqués au Japon. Je ne peux vous confirmer si le logo en lui même est un faux, ou si il s’agit d’un vrai logo détourné, mais je peux vous confirmer qu’Anshin Shokai et la marque Fuji Daruma n’a pas l’autorisation d’utiliser ce logo. Il s’agit donc probablement d’une fraude (ce qui ne renseigne en rien sur la qualité du produit).
merci pour les infos au moins on a déjà des bases pour contrôler tout ça